Faire cours à l'Espé pour les Nuls

J'entends trop souvent dire que lorsqu'on s'engage dans les carrières d'enseignement, il y a peu de débouchés professionnels ensuite.

C'EST FAUX !

Il vous suffit de devenir à votre tour formateur à l'Espé !

Et si vous estimez que vous n'en avez pas la légitimité, détrompez-vous, il vous suffit de mettre en oeuvre les quelques conseils ci-après, qui ont tous largement fait leurs preuves et extraits de l'ouvrage à succès :


TECHNIQUE N° 1 : Prendre le temps de faire connaissance


C'est pas que vous vouliez perdre gagner du temps avant de commencer à faire cours. 
Loin de là. 
C'est juste que ce serait teeeeeellement sympa de commencer par faire un looooong tour de table où vous demandriez à chaque zapprenant-professeur-stagiaire de se présenter et de vous indiquer son nom, le niveau dans lequel il enseigne etc.

Les mauvaises langues diront que ça ne sert à rien et que vous n'êtes de toute façon pas interessé par ce qu'ils vous racontent. 
Mais vous avez votre conscience pour vous : VOUS SAVEZ que c'est utile. 
Pour meubler efficacement une bonne grosse demi-heure de cours. 
Voire une heure si vous brodez un peu...


TECHNIQUE N° 2 : Trouver une accroche à votre cours


Matériel didactique : 1 dé

Vous devez faire cours à l'Espé et vous cherchez une accroche pour enrôler vos zapprenants-professeurs-stagiaires ?

Pas de souci ! Il vous suffit de lancer 3 fois de suite votre dé et d'utiliser le tableau ci-dessous pour définir votre phrase d'accroche. Il ne vous reste plus ensuite qu'à l'énoncer avec un ton pénétré et convaincu.




TECHNIQUE N° 3 : Meubler un cours (option 1)


Maintenant que vous avez trouvé votre accroche, il vous faut meubler le reste de votre cours. Si vous faites une pause tout de suite, cela risque de vous faire passer pour un branque n'ayant pas préparé son cours.
Ce qui n'est bien entendu pas une option souhaitable.

Heureusement, vous avez une méthode simple à mettre en oeuvre : la technique du mettez-vous-en-groupe..
Bien entendu, cette méthode didactique hautement éprouvée suppose de respecter une stricte progressivité :

- Etape 1 : Annoncer que vos zapprenants-professeurs-stagiaires vont à présent travailler en groupe

Petit détail qui fait toute la différence : laissez le brouhaha s'installer le temps que vos zapprenants-professeurs-stagiaires réalisent qu'ils ne vont pas pouvoir préparer leur cahier-journal / aller sur Facebook / faire leurs achats sur le net comme ils l'avaient prévu. 

C'est autant de temps gagné pendant lequel vous n'avez même pas besoin de faire semblant de faire cours.

 Etape 2 : Demander à vos zapprenants-professeurs-stagiaires de se mettre en groupe

Petit détail qui fait toute la différence : ne précisez pas tout de suite la taille du groupe, laissez le doute s'installer et faites fluctuer la consigne. 

Exemples :
1) "Mettez vous en groupe s'il vous plait"
2) "Euh... je sais pas... On a qu'à dire des groupes de 3, ça vous permettra plus facilement d'échanger ensemble"
3) "Oui vous pouvez vous mettre par 5, pas de souci"
4) "Peut-être que les 8 qui ne sont pas encore dans un groupe peuvent se mettre tous ensemble ?"
5) "Ah vous êtes en retard tous les 2, du coup je vous laisse vous installer vous allez travailler en binôme"

Ayez toujours en tête que plus vous faites des groupes de taille importante, plus vous avez de chances que vos zapprenants-professeurs-stagiaires aient envie de papoter ensemble ce qui vous évitera d'avoir à donner trop tôt le signal de la mise en commun. 
Donc d'avoir à travailler vous-même.

 Etape 3 : Attendez un bon moment

Petit détail qui fait toute la différence : surtout ne vous fiez pas à leurs regards désespérés si vous n'avez donné aucune consigne claire et qu'ils ne savent pas ce qu'ils sont supposés faire.
Ce sont des adultes et des enseignants eux mêmes après tout : vous n'allez quand même pas leur dire ce qu'ils sont censés faire !

Variable didactique : vous pouvez leur demander de faire une affiche. Ca prend du temps, ça aussi, et s'ils n'apprendront rien de plus, ça donnera une charmante petite touche ludique à votre cours.

 Etape 3bis: Attendez un bon moment (encore)

Petit détail qui fait toute la différence : annoncez que vous allez procéder à la mise en commun et prenez un air surpris devant le mouvement général de protestation. Prenez votre air le plus empathique pour proposer d'attendre 10 minutes de plus afin que tous les groupes puissent terminer leur travail dans de bonnes conditions.

Vous êtes désormais un enseignant d'une bienveillance reconnue : vous pourrez dormir tranquille ce soir.

Etape 4 : Mettez en commun

Il ne vous reste plus qu'à demander aux représentants de chaque groupe de partager ce qui a été dit. 
Et notez au tableau les mots-clés. 
Quels qu'ils soient.

Petit détail qui fait toute la différence : n'hésitez pas à relancer en recourant à votre liste de questions magiques :
"Est-ce que vous pouvez préciser votre pensée ?"
"Ah c'est intéressant, est-ce que vous pourriez développer davantage ?"
"Tout à fait, peut être pourriez-vous raconter à vos camarades comment vous en êtes venus à parler de l'importance de la bienveillance ?"

Pensez à remercier le socioconstructivisme et la classe inversée qui vous permettent de vous considérer en toute légitimité comme un enseignant à la pointe de l'innovation pédagogique.

TECHNIQUE N° 4 : Meubler un cours (option 2)


Autre option pour faire meubler un cours : ne pas faire cours.

Pour cela, vous pouvez au choix :
- soit solliciter un intervenant. Dans ce cas là , proposez de faire lui-même un tour de table (cf. technique n° 1)
- soit utiliser une vidéo. Peu importe que cette vidéo date des années 1980 et qu'elle montre une réalité inopérante sur le terrain (classe de 20 élèves anesthésiés préalablement pour rester calmes)
- soit leur donner la chaaaance de se mettre à la place des zapprenants de petite taille. Vous pouvez par exemple leur demander de découper et réaliser des tangrams de niveau maternelle pendant 3 heures. Et hop : vous pouvez cocher sur votre TDL que vous avez fait le cours sur la didactique des maths en maternelle ! Magique, non ?


... Alors ? Des candidats pour faire cours à l'Espé ?


#BlablaProf


5 commentaires:

Anonyme a dit…

Je suis désespérée de voir que ça n'a pas changé... J'étais à votre place il y a 16 ou 17 ans et c'était pareil. Malheureusement nous n'avions même pas Facebook, Internet et tout le reste pour passer le temps. J'ai tellement déprimé en PE2 (année de stage) à Antony (contrairement à ma préparation au concours à l IUFM de Paris Molitor qui était très bien).
L IUFM d Antony était un repaire de profs glandeurs : "Mettez vous en groupes..." et à 5 minutes de la fin du cours "alors on va faire une mise en commun". Je n'ai rien appris de l'année, c'était déprimant!

Ong Séverine a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Fofie Flood a dit…

@Anonyme : je me sens très solidaire rétroactivement : l'Espé sans Facebook je ne veux même pas l'imaginer...

Claire a dit…

J'en pleure de rire toute seule dans mon salon (insomnie alors que j'ai fini tout mon travail faudra que je me l'explique)... trop bien, trop vrai !

Fofie Flood a dit…

@Claire : hahaha, ton commentaire fait super plaisir à lire, merci !